NATHALIE MOLENDI

Faut-il réellement « tuer l’ego » pour accéder à son âme ? Ou s’agit-il plutôt de transformer notre rapport à nous-mêmes et aux autres ?

Le chemin de l’ego vers l’âme est avant tout un chemin de transformation qui nous invite à nous libérer progressivement de ce qui nous éloigne de notre vérité profonde.

Qu’est-ce que l’égo? entre spiritualité et psychologie

Dans les traditions orientales comme le bouddhisme, l’hindouisme ou même le taoïsme, l’égo est considéré comme une construction mentale d’une personnalité qui serait autonome et indépendante.

Dans cette vision, l’homme attaché à cette identité, à son histoire, à son vécu et même à son corps, se crée beaucoup de souffrances et développe des mécanismes de défense pour survivre dans sa singularité. Ce qui peut engendrer de la violence, des jeux psychologiques, des émotions exacerbées etc…

La pensée orientale vise à dépasser l’identification à l’égo.

Plusieurs courants de développement personnel ont, par la suite, simplifié cette pensée en affirmant qu’il faut « tuer l’égo » qui serait donc perçu comme de l’orgueil, de la vanité ou un sentiment de supériorité.

Mais dans la psychologie occidentale, le concept de l’égo est totalement différent.

Selon Freud, l’égo c’est le MOI .

C’est cette partie de nous qui nous permet de gérer notre vie terrestre et sa dimension matérielle. Il permet de gérer notre individualité.

L’égo structure notre personnalité.

Il organise notre pensée, nous incite à avoir notre libre arbitre.

Il nous différencie de l’autre.

Il nous permet de prendre des décisions.

Il régule nos émotions. Il pose des limites quand la colère pourrait devenir violence. Il est notre système d’alarme sur notre état intérieur.

Selon Jung, l’égo est le centre de la conscience et le chemin spirituel consiste à le remettre à sa juste place.

Il s’agit donc de regarder les dysfonctionnements de notre égo qui ne sont que les masques de notre vulnérabilité pour aller vers un égo fonctionnel qui lui ne sera jamais grandiose car il s’oppose au narcissisme. Il est humble, il est sain et il nous permet de considérer l’autre comme un sujet à part entière avec sa propre histoire, ses traumatismes, ses croyances, ses propres valeurs…etc…

L’égo est donc une notion à travailler pour chaque être humain car nous sommes tous conditionnés par ce que notre histoire a fait de nous. C’est le chemin analytique.

L’enfant roi: Comment se construit un égo tout-puissant:

Sous couvert d’aimer son enfant plus que tout, des parents peuvent renoncer au fait de poser un cadre ou des limites. C’est un enfant à qui on cède tout. On compense l’éducation et l’apprentissage de la vie par des cadeaux, par des biens matériels. On renonce à la confrontation avec son enfant et à l’opposition. On refuse les colères et les caprices de l’enfant. On cède à son désir.

On ne lui apprend pas à faire ses lacets. On les fait à sa place.

On oublie que l’amour n’est pas de la complaisance…

Ainsi l’enfant est empêché de relever ses propres défis.

Il est insécurisé car il n’a jamais rencontré ni la difficulté, ni, le défi, ni la frustration ,  ni l’échec…etc

Cette enfant deviendra probablement tyrannique avec un fort sentiment de toute puissance. Il cherchera à effacer l’autre pour ne pas se confronter à lui-même.

Il pourra difficilement construire une personnalité stable et en sécurité qu’il compensera par un égo surpuissant afin de masquer sa vulnérabilité et ses angoisses existentielles.

Qu’est-ce que l’âme? A la rencontre de notre intuition et de notre vérité intérieure:

Qu’est-ce que l’âme ? A la rencontre de notre intuition et de notre vérité intérieure :

Dans le christianisme, lorsque Jésus dit : « celui qui veut sauver sa vie la perdra », il ne demande pas de supprimer sa personnalité mais d’aller vers un chemin de transformation intérieure où l’égo s’efface au profit de l’amour qui reste la véritable nature de l’homme, une fois dépouillé de ses blessures.

C’est sur ce chemin là que la rencontre avec notre âme a lieu.

L’âme est ce qui sent, désire et aime.

L’âme est le lieu du ressenti. Elle est l’intuition.

Là où l’égo porte nos mensonges, l’âme porte notre vérité.

L’âme est notre identité profonde. C’est notre vie intérieure et elle est unie à Dieu.

Elle est la marque indélébile de notre identité. Elle nous assure une dignité, une valeur en tant qu’être.

Elle est notre guide.

Écouter son âme, c’est écouter notre vérité et c’est ce qui nous rend unique.

Elle est notre désir véritable.

Elle est un appel intérieur qui nous demande de ressentir, de traverser et de lâcher les mécanismes de défense.

Elle est le lieu des choix et des émotions.

Elle est un espace vide, dépouillé et silencieux où se trouve toutes nos réponses.

Elle est le souffle de vie.

Sa valeur est inestimable.

Nous pouvons perdre notre âme mais jamais la détruire.

Elle se déploie dans l’amour.

Et là où l’égo parle fort et vite, l’âme est subtile, intuitive, paix et évidence.

Pourquoi est-il si difficile d’écouter son âme?

Parce que l’égo parle le langage de la sécurité alors que l’âme parle le langage de la vérité.

Et pour entendre cette vérité, il est nécessaire tout d’abord de renoncer à tous nos attachements : nos croyances, nos traumatismes, nos loyautés familiales, nos conditionnements sociaux.  

Quand l’égo se tait, l’âme prend sa place. Là où l’égo crée une séparation entre l’homme et le divin, l’âme est la présence divine en nous.

L’âme nous invite à mourir à l’homme ancien pour renaître une seconde fois.

L’homme ne naît pas dans la lumière, il chemine vers elle…

Nathalie MOLENDI